
L’Histoire de la Brasserie Kludde Craft
Au cœur des brumes épaisses de l’Escaut belge, là où les marais avalaient autrefois la lumière du soir et où les légendes circulaient plus vite que les trains industriels, une petite brasserie vit le jour en 1887. Son nom : Kludde Craft.
À l’époque, Elias Verhaegen n’était qu’un jeune artisan fasciné par deux choses : les machines à vapeur qui transformaient l’Europe… et les récits sombres racontés dans les tavernes flamandes. On parlait d’une créature appelée Kludde, une bête nocturne issue du folklore belge, symbole de peur, de mystère et de puissance. Là où d’autres auraient choisi un saint ou un lion héraldique, Elias décida de bâtir toute son identité autour de cette légende.
Il installa sa première salle de brassage dans un ancien atelier de forge près des marais. Les premières bières étaient rustiques, brassées à la main dans des cuves de cuivre noirci, avec des levures sauvages et des ingrédients locaux. Très vite, les habitants commencèrent à reconnaître les bouteilles aux étiquettes gravées inspirées de la Belle Époque : un crocodile des marais pour la Lambic, un hibou mécanique pour la Blonde, un cheval noir pour la Stout et un immense cerf aux bois tordus pour la Triple.
Ces bières n’étaient pas seulement des boissons. Elles racontaient déjà des histoires.
Une brasserie façonnée par les générations
Lorsque Arthur Verhaegen reprit la brasserie dans les années 1920, l’Europe changeait rapidement. Les machines modernes envahissaient les usines et les chemins de fer reliaient désormais les grandes villes industrielles. Arthur modernisa Kludde sans trahir son âme. Les recettes furent perfectionnées, les étiquettes gagnèrent en sobriété et la brasserie commença à exporter ses premières bouteilles vers le nord de la France et les Pays-Bas.
Mais l’histoire de Kludde Craft ne fut jamais un long fleuve tranquille.
Les guerres frappèrent durement la région. Une partie des bâtiments fut détruite, les cuves réquisitionnées et les stocks presque entièrement perdus. Pourtant, Henri Verhaegen, troisième génération de brasseurs, refusa de laisser disparaître l’héritage familial. Durant les années les plus sombres, il continua de brasser en secret de petites quantités destinées aux habitants du village et aux ouvriers locaux.
On raconte encore aujourd’hui qu’à certaines nuits d’hiver, les fenêtres de la vieille brasserie restaient éclairées malgré les couvre-feux.
La renaissance de Kludde
Dans les années 1950, Kludde Craft renaît progressivement. Luc Verhaegen entreprend de reconstruire entièrement les installations. Les bières deviennent plus accessibles, les bouteilles plus modernes, mais l’identité de la maison reste profondément ancrée dans son univers légendaire.
Puis vint les années 1980.
Alors que de nombreuses brasseries belges abandonnaient leurs traditions pour suivre les tendances industrielles, Kludde choisit le chemin inverse. La marque replongea dans ses archives, ressortit les gravures anciennes, réintroduisit les références au folklore flamand et transforma ses étiquettes en véritables œuvres visuelles.
Cette période marqua la naissance de l’identité “Kludde Craft” telle qu’on la connaît aujourd’hui : sombre, élégante, immersive et profondément narrative.
Les bières ne portaient plus simplement un nom. Elles devenaient des personnages.
L’Ère Moderne : entre bière et légende
Aujourd’hui, Kludde Craft est dirigée par Maëlle Verhaegen, héritière de la cinquième génération. Sous son impulsion, la brasserie est entrée dans une nouvelle ère où l’art, le storytelling et le brassage artisanal ne font plus qu’un.
Chaque bière possède désormais son propre univers :
Brume des Marais – Lambic
Une bière née des eaux troubles et des légendes oubliées. Sauvage, légèrement acide, portée par des notes boisées et animales.
Aurea Machina – Blonde
L’équilibre entre tradition et modernité. Une blonde lumineuse inspirée des grandes machines industrielles et de l’âge du progrès.
Nocturne de Kludde – Imperial Stout
La plus sombre de toutes. Dense, profonde, presque mystique, elle rend hommage à la créature qui a donné son nom à la brasserie.
Grand Cerf des Rouages – Triple
Puissante et majestueuse, cette triple belge symbolise la noblesse mécanique et les forêts brumeuses des Ardennes flamandes.
Plus qu’une brasserie, un héritage
Kludde Craft ne cherche pas seulement à produire de la bière.
Chaque bouteille est pensée comme une relique d’un monde oublié. Chaque étiquette raconte un fragment d’histoire. Chaque recette porte l’empreinte des générations précédentes.
De la vapeur des premières machines aux créations artisanales contemporaines, la brasserie a traversé les époques sans jamais renier son identité.
Parce qu’au fond, Kludde Craft n’a jamais vraiment brassé de simples bières.
Elle brasse des légendes.
Fortis Corde, In Nox.